WIAME HADDAD

Nous avons tous ressentis cette étrange transition qui se manifeste lorsque nous franchissons la limite invisible entre l’espace urbain et l’espace domestique. Un soulagement lorsque nous claquons la porte de notre appartement et que les bruits environnant cessent, le silence et la tranquillité de cet intérieur laisse raisonner l’atmosphère extérieure. L’échos d’une brutalité existante, là, derrière cette porte, n’est qu’une tranquillité temporaire, très vite apparaît, se que Freud appel l’« inquiétante étrangeté », le plaisir du silence disparaît pour laisser place à une tension imperceptible du corps dans son environnement. Bien que les lieux soient familiers, que les odeurs nous appartiennent et que les sons se reconnaissent, nous nous trouvons dans une étrange subjectivité de l’instant. Ma réflexion se trouve étroitement confrontée à la question de l’espace d’où je choisis de parler. Entre Occident et Moyen - Orient, mon point de vue diverge et prend place dans cet étroit lien qui se tisse, et qui tente de trouver un positionnement cohérent face à ces deux espaces. La principale problématique qui a très vite motivé mon travail d’écriture a été cette question du point de vue. Le point de vue presque indéfinissable dans lequel je me suis trouvée prisonnière. D’où m’est - il légitime de penser? Ai - je plutôt un point de vue occidental sur ces deux mondes ? Ou suis-je plus facilement en phase de comprendre le monde arabe et son fonctionnement ? Il n’est pas de réponse aussi facilement définissable pour cerner toutes ces problématiques, je me suis laissée convaincre pas la position frustrante de l’entre-deux. L’interprétation occidentale du monde et du« corps » arabe, presque toujours façonné à son image, me semble extrêmement critiquable, il ne s’agit plus aujourd’hui de contrôler cette représentation mais bien de se défaire de ce système totalitaire de contrôle afin de laisser librement germer les nouvelles formes d’expressions, de pensée et de représentations. Je me suis essentiellement concentrée sur la démarche photographique de mes contemporains, afin d’essayer à juste titre de légitimer ma propre démarche et mon point de vue sur le sujet. Il ne s’agit pas de faire le procès moral d’une interprétation que je trouve parfois erronée mais bien d’en disséquer les points et de rendre compte de ma propre interprétation. Mais avant tout je vais tenter d’évoquer dans la première partie de ce mémoire, un point de vue plus philosophique sur la question en abordant deux textes. Je commencerais par analyser « L’Orientalisme, L’orient crée par l’Occident » d’ Edward W. Saïd, et plus précisément la distinction qu’il fait entre le savoir de domination de l’Occident sur l’Orient, pour ensuite revenir à un rapport plus humain décrivant ainsi la réalité du corps arabe contrôlé et façonné à l’image du corps occidental. Le Corps d’exception est un texte de Sidi Mohammed Barkat dont je vais m’inspirer pour tenter d’élargir mon propos afin de constater un exemple bien précis de corps dénaturé et déshumanisé. L’image du corps entre Occident et Moyen-orient, mémoire de Master 2, Valenciennes, École Supérieure d’Art et de Design, 2012.  Wiame Haddad

Lire le mémoire